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Qui sommes-nous ?

L'Association de la Cause Freudienne-Massif Central est une émanation de l’École de la Cause freudienne (Reconnue d'Utilité Publique). Elle œuvre pour l'étude de la psychanalyse ainsi que ses connexions, tant théoriques que pratiques, avec les disciplines qui lui sont affines.

Déléguée régionale :

Valentine Dechambre

valentine.dechambre@gmail.com

Éditeur du blog : Nadine Farge

J50 - ATTENTAT SEXUEL - Argument - PART 4 - C. Leduc

PART. 4

Par CAROLINE LEDUC

Les débats féministes actuels se cristallisent autour d’une difficulté propre à notre époque qui concerne l’altérité des corps sexués, quel que soit leur genre. Comme le découvrait déjà en 2004 Jacques-Alain Miller, le non-rapport sexuel est devenu une vérité commune dans le discours courant : « le rapport des deux sexes entre eux va devenir de plus en plus impossible1 » ; "l’inexistence du rapport sexuel est, aujourd’hui, devenue évidente", à mesure que « les signifiants-maîtres n’arrivent plus » à le faire exister2. C’est donc également une crise des semblants, et plus particulièrement une crise du semblant phallique. Le trait d’union phallique jadis opératoire entre les sexes semble brisé et le désir phallique se fait monstre. Le don phallique qui pouvait faire consolation de la castration n’a plus facilement son effet symbolique mais tend dès lors à prendre la couleur de l’abus. C’est l’effraction de jouissance pour tousrévélant pour chacun sa jouissance Une séparée, isolée, orpheline, c’est-à-dire sans Autre. Le phallus, jadis instrument d’un désir singulier subjectivant l’aliénation signifiante se réduit à n’être plus que l’indice de la violence contingente par laquelle se séparent originellement les registres de l’Autre et de l’Un. Un refus de l’Autre agite notre époque.

Il existe hélas des abus sexuels, et ce, depuis toujours. La psychanalyse d’orientation lacanienne prétend que l’émergence d’un désir sexuel dans le corps d’un sujet a un effet structurel d’altérité traumatique, qu’un abus ait eu lieu ou pas dans la réalité. Le sexuel toujours sépare quelque chose avec fracas. C’est l’altérité ravageante du désir sexuel d’un autre qui sexualise prématurément le corps ; cela peut être l’altérité dérangeante de son propre corps ému par un désir sexuel toujours prématuré. La psychanalyse fait le pari que c’est à partir de ce point même du réel dont il est apparu qu’on est l’objet que peut s’inventer une réponse – celle du sujet lui-même.

L’abus de structure que le sexe fait subir à notre corps était auparavant caché. On n’en parlait pas. La censure avait comme fonction de maintenir l’ordre établi, de voiler ce scandale par des fictions ordonnant et régulant le rapport des sexes entre eux. Avec le phénomène metoo et ses suites encore très puissantes, il s’avère donc que le discours féministe de notre époque rejoint les déductions de la psychanalyse. Il y a pourtant des différences entre ces deux discours. La psychanalyse propose de se dégager des conséquences mortifères de l’abus par la prise en compte d’un impossible qui est à découvrir et à éprouver dans une cure analytique longue – longue car le découvrir puis s’en servir nécessite d’abord d’avoir épuisé la souffrance. Il est en effet impossible de jouir du corps d’un autre. C’est le sens de l’aphorisme de Lacan : il n’y a pas de rapport sexuel. Même dans une relation consentie, le partenaire s’ajoute à une jouissance qui est celle du corps propre. Cet ajout est une fiction – par exemple, celle de l’amour. Si l’on peut désirer la participation d’un partenaire, il n’en sera pas moins un « moyen3 » de notre jouissance ; si la jouissance d’un autre nous est imposée, l’horreur réside dans ce qui nous est révélé d’être réduit au moyen de sa jouissance sans l’appui d’une fiction.

Ce qui reste alors, ce sont les coups de boutoir de ce réel de la jouissance Une sur l’imaginaire, dont gonflent les enjeux, produisant autant l’éparpillement des anciennes catégories imaginaires et symboliques des rôles sexués que le signe de la solitude de chaque un tournant en rond dans la prise symptomatique de sa jouissance. Ainsi se comprend comment l’abus sexuel précipite dans les ravages d’un imaginaire incestueux :

« Le rapport sexuel, il n’y en a pas, mais cela ne va pas de soi. Il n’y en a pas, sauf incestueux.4 » L’issue que propose d’en passer par la parole avec une psychanalyse, c’est de considérer son symptôme comme un point d’interrogation dans le non-rapport sexuel5.

Le travail du thème de nos Journées vise à obtenir une Aufhebung de ce que ces phénomènes contemporains dénotent d’une impasse, qui lui restitue leur place précise dans ce qui se transforme du discours. Quels sont les effets de cette modernité sur la politique des cures ? Pour s’orienter, il s’agit de situer différentiellement la mauvaise rencontre du sexuel au plan de la structure et dans son apparition contingente. 

 

  1. Miller J.-A., « Une fantaisie », Mental, n°15, février 2005, p. 19.
  2. Ibid, p. 18.
  3. Cf. Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Le partenaire-symptôme » (1997-1998), enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’Université Paris-VIII, cours du 27 mai 1998, inédit : « la relation de couple au niveau sexuel suppose que l’autre devienne […] un moyen de sa jouissance » ; le corps du partenaire, « c’est un moyen de jouissance […] de mon corps à moi […] c’est un mode de jouir du corps de l’autre, et par corps de l’autre, il faut entendre à la fois le corps propre, qui a toujours une dimension d’altérité, et aussi bien le corps d’autrui comme moyen de jouissance du corps propre »
  4. Lacan J., Le Séminaire, livre xxiv, « L’insu que sait de l’une-bévue s’aile à mourre », leçon du 15 mars 1977, publié in Ornicar?, n°17/18, Paris, Navarin, printemps 1979, p. 8-9.
  5. Cf. Miller J.-A., « Une fantaisie », op. cit., p. 25.

50es JOURNÉES DE L’ÉCOLE DE LA CAUSE FREUDIENNE. 14 ET 15 NOVEMBRE 2020. PARIS

École de la Cause freudienne. 1 rue Huysmans. 75006 Paris.

www.causefreudienne.net / contact@journeesecf.fr / +33 (0)1 45 49 02 68

 

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